La respiration


   

Le souffle et la maîtrise des pensées

 

La pensée est un torrent qui coule sans jamais s’arrêter, actualisant nos contenus mentaux, mettant à jour nos émotions, mais aussi nous aidant à nous construire et à construire notre vie. Il est impossible de s’arrêter de penser. Par moments nous nous absentons, nous déconnectons mais ça n’empêche pas le flot de continuer de couler avec ou sans nous. Nous n’avons pas un instant de repos et parfois nous pouvons même en éprouver de la fatigue. À d’autres moments, quand ce flot charrie ce que nous aimons, il nous comble de bonheur. Pour que tout soit parfait il suffirait de pouvoir choisir ce que l’on pense et de penser ce que l’on veut quand on le veut… On peut rêver !…

 

Si on observe le fonctionnement de la pensée, on remarque qu’à chaque type de pensée est associée une façon de respirer. Des pensées de colère produisent un souffle saccadé, bloqué ; il reviendra chaque fois que la colère nous submergera. Le rythme et la qualité de la respiration varient ainsi au gré des fluctuations de nos pensées, de nos émotions, des événements. Cela est bien naturel, c’est le lot commun dont chacun s’accommode comme il le peut. La vie est faite de ces différences de teintes qui lui donnent son relief et sa saveur, à l’image de la mer tantôt agitée ou calme en fonction des vents qui l’animent. Pourtant, qui peut sincèrement désirer la tempête au quotidien, qui ne guette l’apaisement des vents ? Il en est de même dans la vie et dans nos souffles. Comme les vents qui tourbillonnent sur l’océan, ils agitent nos espaces intérieurs, excitent nos ambiances, cachent notre centre immobile et finissent par nous donner plus de goût pour l’extérieur que pour l’intérieur. Quand notre maison est en désordre, ouverte aux quatre vents, que faisons-nous ? Fuir ou changer est notre alternative, le pire étant de ne pas décider.

 

Nous constatons que notre respiration varie en fonction de nos pensées et nous savons que nos pensées peuvent varier en fonction de notre respiration. Si une pensée x produit une respiration y, l’inverse est également vrai. Il y a dans ce fonctionnement quelque chose à utiliser, un moyen d’intervention. Si nous arrivons à stabiliser notre respiration en permanence, les pensées finiront-elles par être stables également, et quel type de pensées s’installera ? Reprenons l’analogie de la mer : le vent se calme et quelque temps plus tard les vagues de la mer disparaissent. Quand notre souffle se calme et devient régulier il entraîne les pensées qui finissent à leur tour par s’apaiser. Pour que cela fonctionne bien, il faut que la régularité de la respiration soit profondément installée, que ce soit devenu un nouveau mode respiratoire, complètement naturel. Quand cette régularité est en place sans avoir à y penser, elle va progressivement influencer nos pensées et par là nos énergies et nos émotions. Le souffle devenu stable ne sera plus affecté par les fluctuations anciennes que les circonstances et les souvenirs provoquaient. Cette stabilité ne sera pas absolue, mais elle sera tout de même assez forte pour changer dans le temps nos comportements réactifs et la qualité et la quantité de nos pensées. Ces dernières seront d’une nature plus calme et correspondront mieux à nos aspirations profondes parce que les anciennes pensées parasites se désactiveront progressivement. Bien sûr le flot des pensées ne sera pas tari, il sera composé principalement de ce qui nous intéresse. Il sera aussi plus fluide, moins fourni à l’état normal, un peu comme un torrent qui se transforme en rivière.

 

Christian Tikhomiroff

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Souffle et énergie

Souffle et personnalité       Les fonctionnements du souffle