La respiration


 

Les fonctionnements du souffle
De la naissance à la mort

 

Les mécanismes physiologiques de la respiration sont bien connus. Les mouvements des alvéoles pulmonaires, l’amplitude respiratoire, le diaphragme, etc. Il est intéressant de constater que ces mécanismes physiologiques sont intimement reliés aux mécanismes énergétiques. L’observation d’une respiration montre que le ventre, la poitrine et les épaules sont concernés. Ces trois parties collaborent pour assurer la respiration complète. Quand les yogis décrivent les phases énergétiques du souffle ils indiquent les mêmes zones. Pour eux une bonne respiration quotidienne doit être placée dans le ventre. S’il en est ainsi, elle permet de gérer avec efficacité la vitalité, les émotions, la santé et la longévité. D’ailleurs l’observation corrobore ce dernier point. Pour s’en convaincre il suffit d’observer un bébé et un vieillard mourant. Regardez bien, la respiration du bébé est dans son ventre, il se gonfle à l’inspiration et s’abaisse à l’expiration alors que la respiration du mourant est très haute, dans les épaules. Son ventre ne bouge plus, toute l’énergie vitale est bloquée.

Une respiration complète doit utiliser les trois zones concernées. Pour qu’elle soit efficace, elle doit avoir un sens, une amplitude et un rythme. Elle doit être comme une vague qui va et vient, fouettant l’individu ou le berçant au gré des événements. Cette vague doit obéir à la pensée pour permettre de se stimuler ou de s’apaiser selon les circonstances.

La problématique d’une mauvaise respiration se manifeste par son irrégularité, par son manque de fluidité et par son positionnement anarchique. Ceci peut entraîner des troubles fonctionnels de la digestion, de l’élimination, du rythme cardiaque, du sommeil. Sur le plan nerveux une mauvaise respiration est un terrain privilégié pour développer la spasmophilie, le stress, l’hypertension, les maux de tête et bien d’autres troubles pas toujours identifiés qui empoisonnent la vie. Une déficience respiratoire favorise la maladie car elle affaiblit le système immunitaire et favorise les problèmes allergiques. Enfin sur le plan mental un souffle arythmique incite la dispersion de l’attention et empêche souvent la concentration.

On voit bien en quelques lignes les dégâts que peut entraîner à la longue une respiration déréglée. À contrario on imagine ce que peut apporter une bonne respiration…

Mais revenons à notre vague. Pour éliminer le positionnement anarchique du souffle, il faut installer un sens et une chronologie dans le mouvement des zones entrant en jeu dans le mécanisme respiratoire.

Le sens doit être ascendant à l’inspiration, le mouvement part du ventre pour aller jusqu’aux épaules, et descendant à l’expiration, des épaules au ventre. Ensuite pour éliminer le manque de fluidité il faut de l’amplitude. Pour cela l’inspiration doit se faire principalement dans le ventre et l’expiration dans la poitrine. Enfin l’irrégularité du souffle est éliminée par un rythme approprié. Le rythme est synonyme d’harmonie, que ce soit dans les saisons, dans le sommeil, dans la musique ou dans la respiration. Rythmer son souffle c’est mettre une proportion entre le temps de l’inspiration et celui de l’expiration. Le minimum est d’égaliser ces deux phases, l’idéal est d’expirer plus longuement que ce que l’on inspire. Si l’ensemble de ces conditions est réuni, la respiration devient correcte et produit santé et harmonie car elle élimine les nœuds, les blocages. En effet ceux-ci se transforment vite en zones de faiblesse dans lesquelles les émotions, les craintes ou les angoisses se logent. À l’état ordinaire des choses, chacun les ressent plus ou moins : ce sont le ventre, la poitrine et la gorge. Comme par hasard ces nœuds correspondent exactement aux zones de la respiration. Un individu tendu, anxieux, en état d’émotion ou de crainte sentira que quelque chose se bloque en lui dans l’un ou l’autre de ces trois nœuds, voire, dans les situations extrêmes, dans les trois ensemble. En fait chacun connaît pour lui-même la zone où ça se bloque quand ça ne va pas. Mieux que cela, avec un peu d’attention, on peut sentir venir le blocage, parfois avant que le trouble ou la situation ne se manifeste. Ce signe avant coureur est perçu dans la sensation physique et dans la respiration. Dès que ça commence à se bloquer, la respiration également se bloque et devient très haute, superficielle et plus ou moins haletante. Elle perd l’amplitude, le rythme, la fluidité, tout se contracte, les énergies se bloquent, transmettent ce blocage aux émotions qui les renvoient au corps qui se bloque encore plus, allant parfois jusqu’à la paralysie. Et l’individu assiste avec impuissance à cette chamade. Pourtant il aurait suffit qu’au début il garde le contrôle de son souffle pour que rien de tout cela ne se produise. S’il était resté dans son ventre, son souffle ne serait pas monté, rien ne se serait bloqué, et l’émotion ou l’angoisse aurait été évacuée immédiatement par le jeu des énergies managé par la respiration. Là comme ailleurs dans la vie, tout peut basculer pour un rien d’un côté ou de l’autre, au gré d’éléments que l’on ne maîtrise pas, que l’on ne connaît parfois même pas. C’est dans ce sens que le contrôle de la respiration nous donne autonomie et liberté parce qu’il nous permet d’intervenir à la source de ce qui va basculer et nous donne le pouvoir de faire basculer dans notre sens.

De la naissance à la mort le souffle suit le trajet de la vie, on prend son premier souffle et on rend le dernier. Entre les deux, des milliards d’autres respirations s’égraineront, tranquilles, apeurées, lentes, rapides, rythmées au gré des événements, des ambiances, des joies, des peines. La respiration laissée à elle-même ne pourra que subir l’ensemble des aléas heureux ou malheureux qui remplissent une vie. Et l’individu oscillera, invariablement, cherchant toujours à régler à l’extérieur ce qui pourrait lui donner la stabilité et le bonheur intérieur. Quelle drôle de quête alors que la clé est si proche, si quotidienne, si banale. Alors qu’il suffit d’aller au plus simple : juste maîtriser l’inspiration et l’expiration. Et pour que cette maîtrise ne finisse pas par devenir harassante faire en sorte que cette respiration contrôlée devienne naturelle, spontanée.

Un souffle abdominal à la naissance, un souffle claviculaire dans la vieillesse, voilà le trajet qu’emprunte le souffle de son premier à son dernier mouvement. Chaque événement produisant un blocage dans la respiration ne serait-il pas susceptible d’accélérer cette ascension et donc d’écourter le temps du trajet, c’est-à-dire la vie ?

 

« Un jour de fête, un jour de deuil, et la vie est faite en un clin d’œil ! »

 

 

Christian Tikhomiroff

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Souffle et énergie - Souffle et maîtrise des pensées  

Souffle et personnalité